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Entreprise sans phosphates : un modèle de développement naturel

[Cet article a été initialement publié dans la newsletter du 3 avril 2022]

Connaissez-vous Compta Clémentine ? Cette entreprise lorraine, créée en 2012 par William Boiché et son père Jean-Louis Boiché, propose aux entrepreneurs et PME les services d’un cabinet d’expertise-comptable 100% en ligne.

Une entreprise inconnue du grand public qui est peut-être passée sous les radars de la presse spécialisée car elle n’a pour l’instant pas fait de levée de fonds.

Or celles-ci sont souvent devenues le marqueur du développement, voire de la réussite, dans l’éco-système de la tech. Maddyness tient par exemple une chronique hebdomadaire des fonds levés par les startups hexagonales.

Il y a plusieurs chemins vers le succès

Pas de levées de fond, pas de développement ?

Sauf que Compta Clémentine c’est 10 000 clients. Et 50% de croissance annuelle. En croissance organique et sur fonds propres, 50% !

Comme quoi le modèle dominant n’est pas forcément le seul viable.

Une autre entreprise le montre, et celle-ci est beaucoup plus connue : Petit Bambou. Enfin, plutôt, Feel Very Bien, l’entreprise qui édite cette application star de la méditation de pleine conscience. Lancée en 2015 sur iPhone uniquement à l’époque, elle rassemble aujourd’hui plus de 8 millions d’utilisateurs, à qui elle propose des abonnements de 3, 6, 12 mois ou à vie. Un bon petit business.

L’article de Umanz où j’ai relevé cette pépite dit que «les deux fondateurs de Petit Bambou souhaitent avant tout protéger le sens, la croissance sans phosphate et le petit miracle qu’ils ont créé.» On les comprend.

Cela dit c’est l’emploi de l’expression «croissance sans phosphate» qui m’a fait lever un sourcil car cela m’a permis d’établir une connexion avec un modèle auquel je réfléchis : celui de la croissance organique.

Permettez-moi un détour pour vous présenter, si vous ne le connaissez pas déjà, le fameux modèle dit de «la courbe en queue de cochon» de Cédric Watine.

La courbe en queue de cochon

Inspirée d’un passage des principes de Ray Dalio, elle pose que la croissance n’est pas une pente ascendante comme on peut le croire mais une série de circonvolutions que l’on peut décomposer en 4 phases :  une phase de développement, un plateau, puis une phase de déclin qui entraîne une réaction , laquelle permet une nouvelle phase de croissance.

Lorsque l’entreprise est bien gérée la phase de régression est courte et la réaction rapide : les phases de développement sont alors plus longues que les phases de régression et l’entreprise se développe effectivement.

Lorsque la réaction se fait attendre ou n’a pas l’intensité nécessaire, les phases de déclin sont plus longues que les phases de rebond et l’entreprise dépérit.

Bref. La vie des entreprises n’est jamais un long fleuve tranquille. Mais c’est la vie.

Un cycle naturel

Avec l’arrivée du printemps j’observais les arbres fruitiers en fleurs dans les jardins de mon quartier et je me faisais récemment la réflexion d’une forme de similitude entre ce modèle et le cycle des saisons.

Prenons mon poirier : le printemps est une période de développement. L’arbre fabrique du bois, à toute vitesse, pour sa croissance, des feuilles pour l’énergie et des fleurs pour la pollinisation.

Viendra l’été, période de fructification ou la croissance ralentit puis s’arrête : toute l’énergie, toute la sève, va dans les fruits.

À l’automne vient la récolte. L’arbre se dépouille, les fruits tombent, puis les feuilles qui servaient encore à les alimenter en énergie.  

L’hiver est une période de consolidation. La sève se retire des extrémités et reflue vers les racines. Les branches les plus fragiles meurent, et ce bois mort tombera avec le vent.

En janvier le tri s’effectuera dans les bourgeons, à bois, à fleur, à feuille, près à repartir lorsque le printemps fera de nouveau monter la sève.

J’observais, donc, ce cycle naturel et je me faisais la réflexion que, s’il est certes possible et aujourd’hui fréquent de forcer la nature et de faire pousser des tomates toute l’année, les fruits et légumes du jardin gardent l’avantage du goût.

Et de me demander si les levées de fonds et la croissance à coup de growth hacking ne sont pas les engrais phosphatés de la startup ? À méditer.

Pour aller plus loin:


Ce texte a été originellement publié dans L’hebdo de Mille Mentors, le petit mail qui fait du bien le dimanche soir : une réflexion comme celle-ci, inspirée par l’actualité de la semaine, puis quelques pépites relevées dans ma veille et une pastille détente. Pour en profiter chaque semaine en avant-première, abonnez-vous.

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