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Et si c’était un jeu ?

[Cet article a été initialement publié dans la newsletter du 17 avril 2022]

Il y a quelques mois j’ai commencé à voir apparaître dans ma veille une récurrence de mentions de Wordle, un petit jeu de mots en anglais. Curieux, j’ai commencé à y jouer et j’ai vite été piqué par le « game play » de ce casse-tête extrêmement simple.

Entre temps Wordle a fait le buzz, a été racheté par le New-York Times, a suscité des dizaines de copies. Son clone français, Sutom, a été au cœur d’une controverse avec France Télévision. Vous connaissez donc, sans doute, déjà tout ça.

Ça me paraissait quand même intéressant d’en parler car le succès de Wordle s’est construit sur quelques clés dont on pourrait s’inspirer dans nos entreprises.

Pour celles et ceux qui découvrent ici le sujet, Wordle c’est un mini jeu créé par un programmeur de Brooklin, Josh Wardle, pour sa copine, fan des jeux de lettres du New-York Times. Le journal propose chaque jour, dans son édition numérique, de petits jeux à jouer en quelques minutes (un mini mot croisé, spelling bee, un jeu où l’on doit écrire le plus de mots avec le même tirage de lettres, … etc.).

Juste retour des choses, d’ailleurs, le NY Times a racheté le jeu et l’a intégré dans ses mini jeux du matin.

Wordle c’est une sorte de «Motus» ou, si vous n’avez jamais vu ce jeu télévisé, un «Mastermind» avec des mots : il y a un mot de 5 lettres, caché, à deviner en un maximum 6 tentatives, avec uniquement des mots «existants». À chaque tentative l’appli vous indique les lettres appartenant au mot caché, en vert si elles sont bien placées, en jaune si elle font partie du mot mais à un autre emplacement. Le clavier vous montre également les lettres déjà essayées, ce qui facilite la réflexion.

Lorsque vous avez trouvé, le site affiche vos statistiques de jeu et vous invite à partager votre résultat du jour, qui est copié dans le presse-papier dans un format très simple : le numéro du puzzle, et le nombre de tentatives pour arriver au résultat, avec une visualisation graphique en trois couleurs.

Vous l’aurez compris, pas besoin d’avoir fait Polytechnique pour comprendre le jeu, et même pour l’inventer.

Alors, pourquoi ça marche aussi bien ?

En fait je crois que Wordle met en œuvre 3 ou 4 clés dont on pourrait s’inspirer dans nos entreprises :

1. La facilité d’accès. Pas d’appli, un mini site qui marche sur tout terminal et un jeu super intuitif : pas de notice, pas de formation, c’est évident. J’arrive, il y a un clavier et 5 cases vides. Je tape un mot pour voir. Si le mot n’est pas dans le dictionnaire, un message me l’indique et je peux le corriger. Si c’est un mot valide, les lettres (et leurs correspondances sur le clavier) changent de couleur et une nouvelle ligne s’ouvre. Vert pour les bonnes lettres, jaune pour les lettres presque bonnes. On comprend les règles en 15 secondes.

2. L’addiction sans la culpabilité. C’est rapide et il y a un seul puzzle par jour. Je joue généralement sur le quai du métro en attendant que la prochaine rame arrive. Soit une ou deux minutes. Ensuite il faut revenir le lendemain. Ça a deux gros bénéfices, en termes d’engagement : zéro culpabilité (c’est un jeu «intellectuel», ça n’est pas un voleur de temps, je ne passe pas tout mon trajet abruti sur mon écran à éclater des bulles colorées ou des bonbons) et le micro shoot de dopamine lié au sentiment du «devoir accompli». Très très malin.

3. La victoire facile. Or ça fait partie de l’attrait d’un jeu : le plaisir de gagner. Qui ne souhaite pas une petite victoire chaque matin ? Je vous accorde que j’ai pas mal de vocabulaire en anglais. Mais moins − beaucoup moins − qu’un Anglais. Or sur une soixantaine de parties je n’ai perdu qu’une seule fois (la réponse était watch et j’avais tenté catch, batch, hatch… piégé par la phonétique de ma première intuition !).

4. L’effet de rareté. Les stats mettent en évidence une chose : la régularité (taux de succès, série de victoires, plus longue série). Or il n’y a qu’un seul puzzle par jour. Le seul moyen de faire un score remarquable c’est de jouer tous les jours. Renforcement de l’addiction.

5. Le partage, qui est minimaliste mais hyper visuel. Un chiffre et un damier qui est à la fois immédiatement reconnaissable et intriguant quand on ne connaît pas encore le jeu. C’est d’ailleurs en voyant ces petits carrés colorés apparaître dans ma veille que je me suis intéressé au jeu. Là encore c’est très malin car cela crée un effet d’entre soi communautaire entre les joueurs qui partagent leur score sur les réseaux sociaux. Et en même temps la répétition du schéma visuel est assez repérable pour susciter la curiosité. Il faut en faire partie pour savoir ce que ça signifie, ou demander, ce qui valorise le joueur.

Wordle 301 4/6
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Alors, qu’est-ce que ça peut nous suggérer pour nos entreprises ?

Je n’aurais jamais misé sur un genre de pendu pour devenir la nouvelle coqueluche des stars américaines. Quand je vois le succès que rencontre ce jeu, pourtant pas très sophistiqué, ni très intéressant au fond, je me dis qu’il y a des leçons à en tirer pour nos produits, mais aussi pour nos process ou nos outils.

J’ai besoin que mes collaborateurs mettent régulièrement à jour leur prévisionnel d’activité pour mieux anticiper et réguler la charge, le recrutement et les efforts commerciaux. Comment est-ce que je pourrais m’inspirer de Wordle ? Y associer une forme de victoire facile (mais qui demande un effort) et rendre le process tellement intuitif que c’est un plaisir de «jouer». Récompenser le joueur avec la possibilité de partager son résultat sur le réseau interne… les possibilités sont nombreuses.

Onboarding, formation, tâches administratives, gestion des mails, préparation des réunions… Il y a tant d’activités qui pourraient être plus sympa.

Ça fait un joli terrain de jeu (!) pour une startup ça, non ?

Pour aller plus loin:


Ce texte a été originellement publié dans L’hebdo de Mille Mentors, le petit mail qui fait du bien le dimanche soir : une réflexion comme celle-ci, inspirée par l’actualité de la semaine, puis quelques pépites relevées dans ma veille et une pastille détente. Pour en profiter chaque semaine en avant-première, abonnez-vous.

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