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Le secret pour atteindre ses objectifs

[Cet article a été initialement publié dans la newsletter du 3 octobre 2021]

Le meilleur moyen d’atteindre ses objectifs … c’est de choisir des objectifs qu’on peut atteindre chaque jour.

On dirait une mauvaise blague mais, en fait, c’est une vraie idée.

Pour des dizaines de milliers de graphistes, d’artistes et d’apprentis dessinateurs, Octobre rime avec challenge. Tout est parti en 2009 d’un billet de blog d’un graphiste américain, Jake Parker, qui s’est lancé le défi de publier chaque jour un dessin rapide à l’encre, sans croquis préparatoire, à main levé, sans couleurs ni dégradés, et ce tout au long du mois d’octobre. La réponse de la communauté graphique fut enthousiaste : le mouvement Inktober était né.

Le billet de blog qui a tout démarré.

L’an dernier il y a eu 3 645 720 publications Instagram sous le hashtag #inktober2020 et le mouvement a connu de nombreux dérivés : productober pour les designers, architober pour les architectes, sans compter les innombrables listes alternatives de sujets proposés à la communauté des artistes et aspirants.

Pourquoi un tel engouement ? Sans doute parce que la première intention de Jake Parker était de progresser dans son art et qu’il a su cristalliser cet objectif dans une idée simple que chacun peut facilement répliquer.

Au lieu de se fixer un objectif de résultat (je veux savoir dessiner comme cet artiste) il s’est fixé un objectif de travail (je vais réaliser un dessin chaque jour en copiant des artistes que j’admire).

Cette approche porte un nom : la pratique délibérée.

Elle s’applique dans tous les domaines et son principe est simple : décomposer le succès en gestes simples. Et quand on ignore la recette du succès, examiner ce que font les gens que l’on admire ou qui excellent ; identifier chaque geste, attitude, pratique ou composantes de leur façon de faire et pratiquer délibérément ceux-ci jusqu’à se les être appropriés.

Pour améliorer ses compétences de prise de parole en public Tony Robbins, le gourou américain, a décomposé les interventions des orateurs qu’il admirait. Puis il s’est entraîné. Pendant des mois, chacune de ses interventions, quelque soit le sujet et l’audience, était l’occasion de s’essayer à faire des silences comme tel orateur, jusqu’à maîtriser l’art du point de suspension. Il a ensuite analysé la manière d’entrer sur scène de tel grand acteur et l’a travaillée jusqu’à obtenir la présence magnétique qu’il a aujourd’hui. Et ainsi de suite, car on ne cesse jamais d’apprendre lorsque l’on procède ainsi.

La pratique délibérée de son métier ou de son art est sans doute le secret le moins bien gardé de toutes celles et ceux qui obtiennent des résultats extraordinaires.

J’ai eu la chance il y a quelques années de co-présenter une conférence avec Edgar Grospiron, champion du monde et champion olympique de ski de bosses. Il explique volontiers le secret qui l’a mené à la victoire : oublier le résultat, l’enjeu porteur de stress, et se concentrer sur la progression. « Pendant 4 ans j’ai traité chaque descente de coupe du monde comme un entraînement pour la descente olympique, en analysant ce qui marchait, ce qui ne marchait pas, en essayant des choses et en m’exerçant sur des points spécifiques. Pendant toute une saison je ne me suis focalisé que sur la vitesse, sans m’occuper des figures. Ça m’a permis de m’améliorer progressivement et non seulement ça m’a préparé pour les jeux mais ça m’a aussi valu de devenir champion du monde et d’arriver aux jeux avec un regain de confiance ».  

Quel que soit notre domaine, ceux qui travaillent à améliorer leurs compétences auront toujours l’avantage sur ceux qui se contentent de ce que la nature, leur éducation ou leur formation leur a offert. Et tant mieux si, en plus vous avez déjà de bonnes bases.

Un autre sportif, Novak Djokovic, en fournit une parfaite illustration. En 2004, il gagnait 40% de ses matchs, et était 184ème mondial. En 2011 il gagne 92% de ses matchs et devient N°1 mondial.

Un résultat impressionnant.

Qu’est-ce qui a changé ? Presque rien.

En 2004 il gagnait 49% des points joués et 40% de ses matchs. En 2008 il gagnait 52% des points et 79% des matchs, ce qui l’a hissé au 3ème rang mondial. Et lorsqu’il a réussi à gagner 55% des points qu’il jouait, il s’est mis à gagner presque tous ses matchs (92%) et est devenu innarretable.

C’est le secret des grandes réussites : l’amélioration continue d’une compétence de base, le petit effort supplémentaire à l’entraînement, l’appel de plus du commercial, tous ces petits gains marginaux s’accumulent et creusent l’écart.

C’est un peu comme au concours de médecine : 80% des étudiants admis sont dans une moyenne entre 12 et 14 (sur 20) et gagner 0,5 point de moyenne vous fait gagner une centaine de places.

L’atteinte de nos objectifs les plus ambitieux ne tient pas tant au fait de posséder un talent qu’à la manière d’aborder les choses, avec méthode et persistance. Ce qui compte le plus dans nos résultats, ce n’est pas la chance ou les problèmes que l’on a, c’est la manière dont on prend nos décisions jour après jour.

Qu’est -ce que ça veut dire pour nous ?

D’une part c’est une bonne nouvelle car cela signifie qu’on a tous une marge de progression immense, tant à titre personnel qu’à l’échelle de nos entreprises.

D’autre part, cela nous invite à changer de logique dans notre rapport aux objectifs.

Dans l’entreprise, en tant que dirigeants ou comme managers, on devrait beaucoup plus se concentrer sur l’activité et moins sur les résultats.

Ça veut dire fixer des objectifs et utiliser des indicateurs d’entrée plutôt que de sortie : le chiffre d’affaire, la rentabilité sont importants mais on ne les mesure qu’après coup, lorsqu’il est trop tard pour les changer.

Alors qu’on peut mesurer le nombre d’appels sortants, le nombre de nouveaux prospects rencontrés, … etc. Et c’est encore plus vrai pour des résultats intangibles. Comment mesurer la qualité d’un logiciel ? Difficile. Alors que je peux suivre le nombre de bugs découverts et corrigés ou le pourcentage du code qui a été couvert par des tests automatisés.  

Dans nos vies et nos carrières, à titre personnel, ça veut dire qu’on devrait moins se reposer sur notre motivation pour atteindre nos buts, et plus sur des routines pour progresser, même un tout petit peu à chaque fois. Publier, par exemple, un dessin par jour pendant 31 jours 🙂

Ça veut dire aussi que l’on devrait changer de point de référence.

Au lieu de mesurer la distance qui nous sépare de notre ambition, prêtons plutôt attention à la régularité avec laquelle nous faisons ce qu’il faut pour progresser.

Au lieu de nous comparer aux autres, regardons plutôt celui ou celle qu’on était hier et savourons les progrès accomplis. Et si ce qu’on voit ne nous plait pas, rappelons-nous le mot d’Alain de Botton : « Celui qui n’est pas embarrassé par ce qu’il était l’an dernier, est probablement quelqu’un qui n’apprend pas assez.»

Pour aller plus loin :


Ce texte a été originellement publié dans L’hebdo de Mille Mentors, le petit mail qui fait du bien le dimanche soir : une réflexion comme celle-ci, inspirée par l’actualité de la semaine, puis quelques pépites relevées dans ma veille et une pastille détente. Pour en profiter chaque semaine en avant-première, abonnez-vous.

1 réflexion sur “Le secret pour atteindre ses objectifs”

  1. Ping : Réussir ce n'est pas compliqué… mais ce n'est pas facile. - Mille Mentors

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